Quelle Vision pour le secteur de l’Energie en Tunisie ? Lecture de la note d’orientation du plan stratégique de développement 2016-2020

I/ Déficit de la balance énergétique

Les chiffres publiés récemment deviennent de plus en plus alarmants car ils montrent une baisse de la production nationale (par rapport à Aout 2014) du gaz naturel (-4%), gaz liquéfié (-11%) du pétrole brut (-8%) avec une réduction de l’activité d’exploration et de production et des investissements.
La production d’électricité a augmenté de 8% mais la consommation de l’énergie par les Tunisiens  a augmenté ce qui a creusé l’écart et élargi le déficit.

« A la fin août 2015, la balance énergétique a enregistré un déficit de 2 millions 775 mille tonnes équivalent pétrole (TEP), contre 2 millions 345 mille TEP au cours de la même période 2014.Selon les données du ministère de l’industrie, de l’énergie et des mines, l’indice de l’indépendance énergétique est passé de 62% au cours des 8 premiers mois de l’année 2014, à 56% à la fin du mois d’août de l’année précédente »
Les graphes ci-dessous illustrent en faite un déclin progressif de l’activité et de la production depuis 2010-2011.

La baisse de l’activité pétrolière est une conséquence de plusieurs facteurs :

  • La baisse du prix du Baril qui a poussé les opérateurs à optimiser leurs coûts de production, à réduire leurs dépenses et à retarder les investissements.
  • Expiration, renonciation et abandon de plusieurs permis de prospection et de recherche. Pas de nouveaux opérateurs et pas d’attribution de permis vu la conjoncture mondiale et nationale. Ceci s’est traduit par une réduction progressive du nombre de permis depuis 2010-2011.

La question qui se pose est qu’a prévu le gouvernement  pour remédier à ce déficit ? Quelles sont les mesures à court terme ? Et quelle sera sa stratégie de long terme ?

II/ Lecture de la note d’orientation du plan stratégique de développement 2016-2020

La note d’Orientation du Plan Stratégique de Développement 2016-2020 comporte des têtes de lignes et flashs tant pour le diagnostic que pour les objectifs.Il est à signaler que la note insiste sur l’instauration des grandes réformes et des règles de la bonne gouvernance.
Dans le septième point (Ressources naturelles & protection de l’environnement) du Diagnostic du développement on peut lire :

  • Adoption de modèle de production et de consommation énergivore.
  • Déclin naturel de la production énergétique.

Dans la rubrique Axes du développement (politiques, objectifs et réformes) on peut lire:

  • Promotion de l’investissement et amélioration du climat des affaires.
  • Optimisation de la gestion des ressources naturelles.
  • Adoption des méthodes propres de production et de consommation.

Dans la partie consacrée à l’économie verte, pilier du développement durable on peut lire :

  • Maîtrise et rationalisation de l’utilisation des ressources naturelles (avec concentration sur les ressources hydriques)
  • Maîtrise de la consommation de l’énergie. Augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de 3% à 12% en 2012.

La note d’Orientation du Plan Stratégique de Développement 2016-2020 met l’accent sur la situation présente caractérisée par une  hausse de la consommation énergétique en parallèle avec un déclin de la production nationale. Au regard des objectifs de la politique et des réformes, la note lance des phrases positives et optimistes (Promotion, optimisation, maitrise, rationalisation) mais ne donne aucune indication sur les méthodes à adopter pour atteindre les objectifs.
L’élaboration d’une étude technico-économique comparative du potentiel des ressources renouvelables, conventionnelles et non conventionnelles est hautement souhaitable et ce dans le but de planifier et d’optimiser les choix.

Le ministère de tutelle a sûrement défini une stratégie énergétique avec un programme détaillé pour atteindre les objectifs.   D’ailleurs dans les mesures d’urgence et priorités du ministère de l’industrie, de l’énergie et des mines au cours des 100 jours d’exercice du gouvernement pour le secteur de l’énergie on peut lire :

  • Amélioration des ressources énergétiques et renforcement des programmes de maîtrise de l’énergie et promotion des énergies renouvelables. Accélération de la mise en œuvre des projets d’amélioration de la production de 4 champs pétroliers.
  • Projet de développement du champ de gaz naturel « Nawara »
  • Approbation de la version finale de la loi de production de l’électricité à partir des énergies renouvelables.
  • Accélération de la mise en œuvre des projets qui visent la maitrise de l’énergie.

III/ Définir les priorités pour atteindre les objectifs

Il est primordial de commencer par les assises légales car aucun projet ne pourra être exécuté sans cadre juridique.

  • La loi de la production de l’électricité à partir des énergies renouvelables a été approuvée ce qui a permis l’essor d’un secteur pionnier et prometteur en Tunisie.
  • Le Code des Hydrocarbures devrait être adapté conformément à L’article 13 de la nouvelle constitution. Il est aussi suggéré de réviser le dit code des hydrocarbures pour être plus spécifique et couvrir les hydrocarbures conventionnelles et non conventionnelles comme l’ont fait les Algériens depuis 2013. Il est tout de même recommandé de conserver l’aspect motivant du code des hydrocarbures de la Tunisie en phase avec le potentiel présent prouvé du pays.
  • Une urgente et active coopération entre le ministère et le parlement est requise. Il est anormal que la commission de l’industrie, de l’énergie, des ressources naturelles au sein du parlement n’a publié aucune activité depuis le mois d’Avril (date d’approbation de la loi des énergies renouvelables)

Sur le plan opérationnel il est recommandé d’adopter tous les moyens de dynamiser le secteur de l’énergie vu l’importance de ses investissements et de ses recettes pour l’Etat.

  • Optimiser la production des champs en déplétion par l’implémentation des méthodes d’activations des réservoirs. Ces méthodes donnent des résultats immédiats et coûtent beaucoup moins cher que le forage de nouveaux puits.
  • Résoudre les problèmes en instance avec les opérateurs du secteur des hydrocarbures et les encourager à investir plus et à forer de nouveaux puits.
  • Les opérateurs présents en Tunisie sont nos meilleurs ambassadeurs. La première étape d’une nouvelle stratégie de promotion de long terme consiste à laisser les étrangers lancer des messages positifs en faveur de la Tunisie. Leurs opinions seront plus crédibles et mieux assimilés par d’autres compagnies ce qui incitera de nouveaux opérateurs à venir investir en Tunisie.
  • En attendant le redressement du prix du pétrole, l’amélioration de la situation sécuritaire et l’approbation du nouveau code des hydrocarbures, il est recommandé d’élaborer une étude de synthèse sur toutes les ressources d’hydrocarbures de la Tunisie. Cette synthèse sera présentée aux sessions d’appel d’offres des blocks libres et donnera une idée générale du potentiel du pays aux éventuels opérateurs ce qui les aideront à choisir le permis qui leur conviendra.
  • La Tunisie est connue pour être un pays à ressources en hydrocarbures limité (en comparaison avec les pays voisins) mais il faut préciser que le pays reste un territoire sous exploré et que le seul moyen de faire de nouvelles découvertes est la relance de l’activité de l’exploration par le biais de couvertures sismique et de forages.
  • Renforcer la coopération avec nos voisins Algériens pionniers et experts dans le domaine de l’exploration et de la production des hydrocarbures.

La Tunisie doit mettre en œuvre une stratégie qui encourage l’exploitation conformément aux standards de toutes les ressources naturelles d’énergie (renouvelables, conventionnels et non conventionnels) afin de réduire le déficit à court terme, et de devenir excédentaire et exporter de l’énergie à long terme.